Projet de la Mosquée Fâtima avec une imame femme

Nous avons le plaisir de vous annoncer en ces jours bénis où nous fêtons la naissance du prophète Muhammad, que notre association Parle-moi d’Islam, soutient le projet de création de la Mosquée Fâtima qui sera le fruit d’une collaboration entre Fak’er Korchane, président de l’association Mutazilisme (http://mutazilisme.fr/le-projet-de-la-mosquee-fatima/) et Kahina Bahloul présidente de Parle-moi d’islam et spécialiste du soufisme et de la mystique musulmane et notamment de la pensée d’Ibn ‘Arabî. Ce projet a pour objectif de fonder un lieu de culte et un espace de prière qui permettra une double expression de l’Islam selon la théologie mutazilite, portée par Fa’ker Korchane qui en est le spécialiste d’un côté, et une compréhension soufie à travers la pensée du plus grand-maître, al-Cheikh al-Akbar, portée par moi-même de l’autre. Se tiendra dans ce lieu, l’office du vendredi où l’imamat de la prière ainsi que le prêche seront faits par une femme ou un homme sans aucune distinction dans les prérogatives dues à ce ministère selon qu’il soit tenu par l’un ou l’autre. Ibn ‘Arabî, le grand maître soufi, affirme dans son ouvrage les Futûhât al-Makkiyya que l’imamat des femmes sur les hommes et les femmes est théologiquement valide. Nous nous appuyons donc, sur cet avis pour créer la Mosquée Fâtima qui permettra d’allier les deux longues traditions de l’islam, qui sont l’approche rationnelle mutazilite et la sagesse universelle du soufisme.

Projet « La Mosquée Fātima »


Avant-propos



Depuis plusieurs décennies, le monde connait une nouvelle menace sous la forme d’activités terroristes. Cette menace se justifie en s’appuyant sur l’une des traditions religieuses les plus importantes de l’humanité, à savoir l’islam. Beaucoup de facteurs expliquent l’émergence du discours obscurantiste dans la partie dite islamique du monde. Conséquences des politiques des pays occidentaux, gestions internes postindépendance calamiteuse, crises économiques, perte de confiance en soi et dans les valeurs anciennes…la liste peut être longue. Parmi les causes qui expliquent la naissance du terrorisme dans la frange arabe de ce monde musulman, on ne peut omettre d’évoquer deux phénomènes qui s’opposent mais qui, néanmoins, entrent dans une forme de résonnance : d’une part, une compréhension de l’islam fondée sur les élaborations théologiques des anciens et pour qui, il était essentiel de reproduire les actes des premiers temps de l’islam. D’autre part, une lecture encore plus restrictive de cette vision, pour qui la reproduction des pratiques des anciens ne devait même pas prendre en compte le versant mystique de l’islam : le soufisme, qui au fur et à mesure des siècles, a relativisé l’impact imitatif tout en l’accréditant avec des nuances.

In fine, la lecture théologique classique qui a été développée dans le sunnisme, est une lecture fondée sur une théologie pratique, aussi appelée fiqh (compréhension en arabe), qui est la production d’auteurs ayant vécu pour l’essentiel entre le IXe et le XIIIe siècle. Même si le cœur des imams maîtres éponymes fondateurs d’écoles, se situe entre la fin du VIIIe et le Xe siècle, notamment avec les figures comme celles d’Abu Hanifa (m. 767), Malik b. Anas (m. 797), al-Shafi’i (m. 820), Ahmad b. Hanbal (m. 855). A la théologie appliquée, il faut ajouter la théologie spéculative ou discursive, appelée ilm al-kalam. Pour le sunnisme, les imams qui marqueront la discipline jusque de nos jours sont essentiellement, al-Ash’ari et al-Maturidi, sans oublier là encore la figure d’Ibn Hanbal et ses disciples, pour qui le kalam était un mal qu’il fallait éviter. Donc leur position théologique consistait à ne pas avoir de théologie, car il fallait se restreindre à imiter (taqlid) les anciens (Salaf).

Bien que le hanbalisme ait été des quatre écoles de théologie appliquée la moins développée et celle dont le nombre d’adhérents était historiquement le plus faible, elle a réussit à continuer d’exister malgré tout et a même connu un succès inattendu et inquiétant grâce à l’adhésion de certaines tribus du Golfe à une vision hanbalite revivaliste qui est aujourd’hui connue sous le nom de salafisme. Bien que minoritaire, mais extrêmement riches, et occupant les lieux les plus sacrés de l’islam, à savoir la Mecque et Médine. Les salafistes de la tribu Saoud ont réussi à développer et à répandre leur courant théologique littéraliste un peu partout à travers le monde musulman et même au-delà. Leur vision, s’appuyant sur le moins d’adaptation possible et sur la reproduction du modèle des anciens a généré de nombreuses branches et sous-branches, souvent pacifistes, mais très rigoristes ; parfois appelant à une révolution politique violente pour faire triompher leur lecture de l’islam qu’ils estiment la seule bonne et légitime. Aujourd’hui, le salafisme est un monde à part traversé par plusieurs courants, des débats et contradictions, qui peuvent parfois se traduire en conflit armé, comme en Syrie où Daesh a affronté (souvent) les combattants d’al-Qaida. Pourtant tous salafistes selon la composante jihadiste (terroriste).
Aujourd’hui, la vision hanbalisante, voire salafisante de l’islam et plus particulièrement du sunnisme, a marqué les esprits. Pour réussir à étendre leur influence, les prêcheurs salafistes ont mobilisé des figures connues et respectées des sunnites, comme Ahmad b. Hanbal mais aussi un théologien hanbalite jusque là de moyenne importance, à qui ils ont attribué un statut très élevé jusqu’à lui accoler le titre de Shaykh al-islam, à savoir taqi al-dine b. Taymyya (m. 1325). Résultat, aujourd’hui, même dans les mosquées qui suivent l’enseignement classique communément admis dans le monde musulman, l’influence hanbalisante est générale. Les recours aux textes anciens aussi, et la possibilité de nouvelles réflexions théologiques considérée comme un potentiel blasphème ou une dangereuse innovation (bid’a). Le simple mot de bid’a, innovation, suffit à attirer l’attention et la méfiance sur celui qui en est accusé. Alors que les textes nous indiquent qu’avec la « mauvaise innovation », bid’a sayyi’a, il existait aussi le concept de bid’a hasana, à savoir « bonne innovation ».

En réalité, la lecture imitative et reproductiviste de l’islam par la tendance sunnite a contribué à amputer une bonne partie de l’héritage historique, culturel, mais aussi spirituel et théologique de l’islam. Les grands écrits et les grandes écoles de théologie anciennes sont oubliés, sciemment, la diversité des opinions et des approches aussi. Certaines figures du passé sont réduites à de simples imitateurs alors qu’elles ont été, historiquement parlant, des opposants au taqlid comme cela est le cas avec Abu Hanifa. L’héritage de certaines écoles ou tendances oubliées, pour ne pas dire déniées comme l’importance dans l’histoire de la civilisation musulmane des grandes dynasties shi’ites (comme celle des Fatimides, des Bouyides), mu’tazilites (Aghlabides, une partie des Omeyyades et des Abbassides) ou soufie. En Arabie Saoudite le soufisme est par intermittence, interdit et quelques fois réhabilité, en fonction des intérêts du pouvoir politique.

Face au déni de leur propre histoire auquel les musulmans sont confrontés sans même le savoir car les hiérarques gagnés à la lecture imitative de l’islam ont favorisé de manière à maintenir leur leadership spirituel et cultuel, il y a un manque sérieux de discours religieux alternatif. A partir du XIXe siècle, la Renaissance (nahdha) islamique et la redécouverte du patrimoine intellectuel musulman a fait beaucoup de bien. Au départ marquée par les religieux, avec des personnages aussi importants et prestigieux que l’imam égyptien Rif’at al-Tahtawi (m. 1873) et le mufti d’Egypte Muhammad Abduh (m. 1905), le discours de la Renaissance islamique finira par quitter la mosquée pour trouver refuge dans les universités du monde musulman et encore plus en Occident. Les mosquées, elles, tomberont les unes après les autres, dans le vieux discours soulignant l’importance du conformisme à la Tradition, et au respect des Salaf pour éviter de tomber dans la bid’a.

L’auteur Rachid Benzine a écrit au début des années 2000 un livre qui marquera le paysage islamique français, intitulé Les Nouveaux penseurs de l’islam. Il y présente des auteurs musulmans importants prônant la Réforme de la compréhension de l’islam en « vogue » jusque là. Depuis, tous les réformistes qui se reconnaissent dans la démarche des anciens comme Abduh et Tahtawi, sont dénommés « Nouveaux penseurs ». Beaucoup d’auteurs très importants, de toutes nationalités comptent parmi ces gens-là. A titre d’exemple, et pour rester dans l’ère francophone, citons Malek Bennabi (m. 1973), Mohamed Arkoun (m. 2010), Mohamed Charfi (m. 2008), Youssef Seddik (né en 1943), ou encore Abdel Magid Charfi (né en 1942)…et ainsi de suite. Toutefois, tous ces gens, et c’est encore plus vrai si nous nous intéressons aux figures anglophones (Fazlur Rahman, Muhammad Iqbal, Abdulkareem Soroush etc.) ne sont pas des religieux. Or, il est plus que temps que la lecture rationnelle s’appuyant sur le point de vue (ra’y) retrouve sa place dans les mosquées.

Le projet Fātima



Ce long rappel socio-historique nous sert d’introduction à la présentation du projet dont nous sommes (Kahina Bahloul et Faker Korchane) les porteurs : celui d’ouvrir une mosquée qui servira de point d’ancrage pour une lecture rationnelle et spirituelle ouverte de l’islam. Kahina Bahloul est islamologue et présidente de l’association Parle-moi d’islam qui a pour objet de faire redécouvrir les valeurs de paix, de fraternité et le message universel de l’islam. Faker Korchane est président de l’Association pour la renaissance de l’islam mutazilite (ARIM). Cette organisation a pour objectif de permettre aux musulmans intéressés de redécouvrir le patrimoine théologique et intellectuel islamique, notamment celui en référence au courant théologique mu’tazilite. L’association vise un objectif qui est une triple renaissance : une renaissance intellectuelle, une renaissance culturelle et une renaissance spirituelle.

Nous, Kahina Bahloul et Faker Korchane, désirons qu’enfin, une lecture pleinement libérée et émancipatrice de la religion musulmane puisse s’exprimer pleinement, car non seulement elle montrera que l’islam est une religion dynamique qui sait prendre en charge l’époque qu’il traverse sans changer un atome de ses fondements théologiques et spirituels; mais aussi, et c’est le plus important, qu’enfin des musulmans prennent le texte coranique au sérieux et comme première référence pour comprendre pleinement leur religion. Nous croyons profondément que l’islam est compatible avec les données de la raison et les valeurs de notre temps, sans pour autant (encore une fois) que cela influe sur le cœur du message coranique en termes de dogmatique. Celle-ci consiste à croire en l’Unicité de Dieu, en Ses anges, en la prophétie et en la Révélation qui l’accompagne ; et au Jour du Jugement dernier.
Nous prétendons que notre héritage islamique est plein d’aspiration à la justice, de volonté de bien et d’épanouissement personnel et collectif. C’est le sens même de la racine du mot qui constitue le nom de notre religion, islam, provenant de s-l-m, à savoir, pacification. Nous puisons notre compréhension de la religion musulmane dans deux grandes tendances historiques : l’une s’appuyant sur l’apport de la théologie rationnelle mu’tazilite qui a grandement contribué a l’âge d’or abbasside ; l’autre, sur la théosophie akbarienne, du grand maître soufi Muhyiddin b. Arabi (m. 1240), aussi surnommé al-sheykh al-akbar « Le plus grand maître ».

C’est en référence à ces deux grandes sources que nous souhaitons ouvrir une mosquée qui serait le porte-voix de cette compréhension de l’islam, qui formerait une sorte de « coalescence » spirituelle, véritable énergie qui peut contribuer à répondre, selon nous, aux quêtes de sens et de spiritualité qui marque notre ère contemporaine marquée par la désillusion des grandes idéologies, mais aussi par l’instrumentalisation ultra-capitaliste, et pour tout dire, par la crise postmoderne.

Un projet qui s’inscrit dans une perspective globale



Certains imams, relativement isolés, tentent de le faire par-ci par-là, citons les exemples d’hommes de grand mérite que sont Tareq Oubrou à Bordeaux, Mohamed Bajrafil à Ivry, ou encore Adnan Ibrahim à Vienne en Autriche. D’autres initiatives existent, mais elles sont trop isolées et quelque peu fragiles, car peu soutenues institutionnellement. Elles sont même isolées les unes des autres. Très souvent, ces visions sont donc liées à la personnalité des imams en question, or il est nécessaire de pérenniser et stabiliser ces démarches et d’en avoir une perspective globale. Nous ne prétendons pas révolutionner le monde, mais enrichir la proposition déjà existante en établissant une mosquée dont les principes répondront à la quête de sens et de spiritualité, quête entravée par les discours traditionalistes et hanbalisants, prônant la conformité servile et non-réfléchie, parfois aliénante à un islam d’une autre époque, époque à laquelle l’état de connaissances était beaucoup moins développé qu’aujourd’hui, et où l’état des relations entre les Etats et les civilisations marqué par le conflit et le rejet réciproque. Les paradigmes ont changé, or l’application de la religion musulmane telle qu’elle était comprise à l’époque médiévale est un problème car largement dépassée par les données de notre époque. Là où le discours universel prône le rapprochement et l’acceptation réciproque ; le discours défendu par nombre de religieux musulmans, a tendance à défendre la paix parce qu’ils estiment ne pas pouvoir faire autrement. Beaucoup parmi ces gens estiment que la paix n’est pas une fin en soi, mais un moyen discursif en attendant mieux. Laissant ainsi la porte ouverte à des interprétations plus radicales. Le sociologue Omero Marangiu-Perria lui-même musulman, a beaucoup réfléchit et contribué aux débats sur l’islam, a réussit à formaliser cette idée que ce qui fait le plus de mal à la religion musulmane à notre époque, est le paradigme hégémonique.

Ce paradigme consiste à voir dans la supériorité de la religion musulmane sur toutes les autres, une évidence établie et qui doit être défendue. Cette supériorité s’accompagne de corolaires de domination, comme celle évidente selon cette lecture, des musulmans sur les non-musulmans, mais aussi des Arabes sur les non-Arabes, et des hommes sur les femmes entre autres. En somme, le paradigme hégémonique était tout à fait pertinent à l’époque médiévale de sa conceptualisation. Mais son époque a varié. Or, une règle du droit islamique dit que « si la cause disparait, le jugement disparait avec ». Autrement dit, à une époque où il était normal de considérer l’autre comme un danger potentiel, il était peut-être normal de voir en lui un ennemi. C’était le cas partout. Mais aujourd’hui, la « cause » a disparu. Le paradigme hégémonique ne peut plus se justifier. C’est pourquoi, notre projet de mosquée se construit en dehors de ce paradigme médiéval pour prendre en considération notre propre époque postmoderne. Si un paradigme doit guider notre action, nous pourrions le définir comme un paradigme harmonique. Car notre but est de pratiquer l’islam selon une double harmonie, harmonie avec le sens de la révélation coranique et du message muhammadien (as) ; mais aussi en harmonie avec notre époque et l’Esprit de notre époque (ruh al-zaman) qui ne voit pas d’opposition entre l’esprit du message islamique et la volonté de vivre ensemble en toute justice et émancipation, sans rapport de domination entre les genres, les ethnies ou les religions.

Un projet pour un islam de la voie médiane



Les crises, les impasses, la perte de sens produites par notre époque conduisent beaucoup d’individus à adopter des positions extrêmes avec tout ce qu’elles engendrent comme violence, haine et rejet de l’autre. A cet égard, il devient nécessaire de mettre en œuvre le concept de la voie médiane dans plusieurs domaines de la vie et de manière plus forte dans le domaine cultuel et religieux. La voie du juste milieu est la voie que le projet de la Mosquée Fâtima souhaite adopter et enseigner. La religion musulmane doit retrouver son sens profond et sa vocation spirituelle sans imposer ou interdire et les fidèles devraient pouvoir retrouver leur vocation première qui est celle d’œuvrer à la communauté de destin de l’humanité entière à travers un discours théologique, une compréhension de la religion qui produit des être centrés, équilibrés, à la fois raisonnables et pieux qui ne méprisent ni idolâtrent personne. Seule une personne centrée est réceptive à l’altérité, au bien de l’humanité entière et au sens cosmique de la loi religieuse qui inculque la droiture, le respect de l’autre, l’acceptation de la différence qui est le corolaire de la diversité et de la pluralité voulues par Dieu. Cultiver la voie médiane est un des moyens qui nous permettront d’aboutir à une cité juste, une communauté équilibrée, mesurée qui mettra fin aux extrémismes afin de réinventer un destin commun.

Comment ce projet pourrait se concrétiser ?



Après mures réflexions, il parait essentiel que le discours akbaro-mu’tazilite doit être entendu en chaire dans un contexte cultuel et non pas seulement académique. Les travaux universitaires sont nombreux qui portent sur les travaux des réformistes ou des soufis, tout ou presque a été dit sur la question. De nombreux musulmans aspirent à une nouvelle religiosité mais ne l’expriment que sous forme livresque ou de conférences. Tout cela est beau et bien mais loin d’être suffisant. Il est temps de cesser de dire comment on voit l’islam, mais il faut le montrer et l’incarner. En lieu et place de faire la leçon aux autres, il est temps de montrer l’exemple. Soutenir l’égalité hommes femmes, dire qu’il ne faut pas séparer par des obstacles physiques les fidèles des deux sexes, et soutenir qu’il n’y a pas de raison à ce qu’une femme ne puisse pas devenir imame est bien mais insuffisant. Nous, nous souhaitons incarner cela. Mettre en place une mosquée où hommes et femmes seraient disposés sur la même ligne, les uns à droite les autre à gauche (ou vice-versa) ; et où le prêche pourrait être prononcé tantôt par un homme, tantôt par une femme, sous le même titre, et avec les mêmes prérogatives.

Évidemment, comme pour tout lieu de culte, la décence en termes d’habits doit être de mise. Cependant cela ne veut pas dire que les femmes devront porter un voile. Nous appuyant sur la théologie pratique de l’école hanafite, nous préconisons pour tous les fidèles de la mosquée de se couvrir la tête. Se couvrir la tête, pour les hommes comme pour les femmes est conseillé (mustahab) pour les hanafites. Mais les gens qui viennent sans se couvrir la tête seront également les bienvenus et seront accueillis dans la fraternité.

En outre, il n’existe aucune raison d’empêcher les non-musulmans à assister aux leçons, prônes et prières donnés à la mosquée parce qu’ils ne sont pas musulmans. La mosquée est un lieu que l’on consacre à la prière, à l’amour de Dieu, or l’amour de Dieu ne saurait être véritable et censé s’il ne se traduit pas par l’amour de Ses créatures, toutes, vivantes ou matérielles, des humains aux éléments de la nature. Cette maison de Dieu est la maison de tous, et l’appartenance religieuse, ethnique, sexuelle ou politique ne compte guère. Une maison de Dieu est un lieu consacré qui appartient à tous, et dont les serviteurs se doivent de se mettre au service de tous selon leurs moyens.

Le projet de la mosquée Fâtima al-Zahra, a été baptisé ainsi car nous voulons mettre en avant l’héritage islamique et féminin d’une part, mais aussi montrer la profondeur de l’enseignement islamique capable de traverser l’espace et le temps, notamment. La mosquée aura pour tâche d’organiser le culte les vendredis, avec un imamat en alternance entre un imam mu’tazilite et une imame soufie, mais qui ne voient pas leurs messages comme antinomiques, mais plutôt coalescent comme cela a été dit plus haut. Autrement dit, deux approches différentes mais en réalité, complémentaires pour ne pas dire symbiotiques. Un vendredi sur deux, les fidèles auront l’occasion d’allier réflexion théologique et discursive ; et partage de l’expérimentation de l’Un grâce aux enseignements théosophiques du Shaykh al-Akbar.