Peut-on croire sans interpréter ?

Peut-on croire sans interpreter

1. La notion de la croyance est polysémique et comporte plusieurs acceptions

Dans son acception la plus générale et en tant qu’attitude mentale, le terme croyance désigne une disposition, une propension de l’esprit qui porte à donner son assentiment à une représentation ou à un état de fait, et ce en l’absence de certitude attestée par l’existence d’une preuve rationnelle. Kant dit à propos de la croyance qu’il s’agit :

 «principe d’assentiment subjectivement suffisant, mais objectivement insuffisant»

Il y a dans la croyance des différences d’intensité. Il y a des croyances faibles et des croyances fortes. Nous voyons ici l’équivocité de la croyance, puisque le même verbe : croire, est employé à la fois pour exprimer une opinion porteuse de nuances ou de doute «je crois qu’il fera beau demain», «je crois qu’il a faim» et une profession de foi, un engagement solennel «je crois en toi mon Dieu».

Toujours est-il, la croyance est une chose en laquelle on croit mais qu’on ne peut pas prouver !

Pour Pascal il y a deux vérités possibles : « Dieu est ou Dieu n’est pas ».

Les deux thèses ne peuvent pas être prouvées mais celui qui croit va dire : « le monde me prouve que Dieu existe, je vois les signes de Son existence partout », pour celui qui croit en une vérité, il a toujours les preuves de sa foi au fond de lui-même !

La vérité de ce à quoi en croit ne convainc que celui qui y croit !

2. Que l’on croit en Dieu ou pas on croit toujours en quelque chose

Croire en quelque chose est constitutif de la conscience et de la raison humaine. Ça  commence par les croyances les plus élémentaires de la vie, comme par exemple le fait de croire que l’on nous aime ou que l’on nous déteste, le fait de croire qu’on est intelligent ou pas !

Par conséquent, on ne peut pas voir l’humain dans une perspective binaire, dualiste : les croyants en opposition aux athées, les croyants en opposition aux laïcs…etc.

Si nous revenons au plus profond de notre humanité, nous croyons tous en quelques chose. La question est de savoir en quoi croyons-nous et surtout comment nous y croyons ? Et comment cette croyance peut nous dicter et influencer nos relations les uns avec les autres ?

Malheureusement, dans la plupart du temps les êtres humains sont prisonniers de leurs peurs sans même en avoir conscience. Nous avons peur de ce qui est autre que nous, de ce qui est différent de nous car nous vivons dans l’illusion de la séparation et de l’adversité. Cela nous empêche d’interroger l’autre au sujet de sa croyance, de ce qu’il est, et souvent nous faisons une interprétation négative des croyances de l’autre ! Nous préférons catégoriser les gens et rester dans le jugement au lieu de rentrer en contact et d’être dans la communication…Or, ce qui est important ce n’est pas de savoir qui croit ou qui ne croit pas mais c’est de savoir qu’en tant qu’être doté de raison, nous croyons tous en quelque chose.

La question qui se pose est de savoir comment nos croyances nous permettent de vivre avec les autres et ce que nous partageons de ces croyances ! Quand la croyance est ouverte à l’autre et à la différence, elle sait et accepte que les autres aussi croient en quelque chose.

Là où ça devient problématique, c’est quand nous passons d’une croyance que nous vivons dans notre intériorité à un regard sur l’autre qui est un regard dogmatique qui croit être le seul à détenir la vérité et qui considère d’amblé, que l’autre est dans l’erreur. Le problème ce n’est pas la croyance mais le dogmatisme.

3. Les versets coraniques sur l’interprétation des textes

Comment lire le Coran dans la mesure où tout être humain croit en quelque chose et qu’il est, un tant soit peu, toujours influencé par ses croyances dans l’interprétation les textes ?  Comment lire le Coran dans la mesure où cette parole a été reçue par un être humain, ensuite écrite et lue par d’autres êtres humains ?

De plus, dans certains cas, malheureusement, les intentions qui se cachent derrière l’interprétation d’un texte sont malsaines et peuvent engendrer des effets néfastes, à l’opposé de son objectif premier.

Le Coran est très clair à ce sujet, il doit être lu avec une intention pure et avec sagesse. Plusieurs versets nous parlent de cela :

Sourate 3 Verset 7

« C’est Lui qui a fait descendre sur toi le Livre : il s’y trouve des versets universels / sans équivoque, qui sont la mère du Livre, et d’autres versets sujets à des interprétations diverses. Les gens qui ont au cœur une inclinaison maladive vers l’égarement, s’attachent aux versets sujets à interprétation, car ils cherchent la discorde et ils sont avides d’interprétations, mais nul ne connaît son interprétation à part Allah et ceux qui sont bien enracinés dans la science disent : « Nous y croyons : tout est de la part de notre Seigneur!  » Mais, seuls les doués d’intelligence s’en rappellent. »

Le terme « Al-ta’wil » qui est utilisé dans ce verset est toujours traduit par le mot « interpréter », signifie en Arabe, ramener au sens premier, rendre la parole de Dieu à son origine et cela est impossible pour l’être humain ! Seul Dieu peut ramener le sens de sa parole à son sens premier ! L’être humain a toujours une interprétation différée et subjective. La parole divine ne peut pas être comprise définitivement. Il y a toujours de nouvelles compréhension relatives à l’environnement spatiotemporel dans lequel nous évoluons.

Il y a ici la notion de la mère du livre. Il est dit dans ce verset que les versets sans équivoques sont la mère du livre ; il s’agit de la Table gardée, la matrice qui est auprès de Dieu et elle fait sens en dehors de toute notion de temporalité.

4. Le Coran, un texte clair et suffisant pour ceux qui sont dotés de sagesse

Sourate 29 Verset 51

« Ne leur suffit-il pas que nous ayons fait descendre le Livre sur toi et qu’il leur soit récité ? Il y a assurément là une miséricorde et un rappel pour ceux qui croient ».

Le Coran se suffit à lui-même pour les gens qui veulent être guidés dans leur cheminement spirituel et dans leur comportement avec les autres. Le coran a été révélé pour nous indiquer et nous éclairer sur notre rapport vertical à Dieu, notre spiritualité et sur le comportement horizontal que nous devons avoir sur Terre, dans la vie de tous les jours.

Sourate 7 Verset 52

« Nous leur avons certes apporté un livre que nous avons détaillé en toute connaissance, à titre de guide et de miséricorde pour ceux qui croient »

Plusieurs versets qualifient l’avènement du Coran de miséricorde, de purification, d’un enseignement de la Sagesse

Sourate 62 Verset 2

« C’est Lui qui a envoyé aux Arabes un messager parmi eux pour leur réciter ses versets, les purifier et leur enseigner le Livre et la sagesse »

Le Saint Coran comporte au total 6236 versets et il y a mille versets qui font appel à notre intelligence. Dieu nous invite à réfléchir et à méditer sur les sens du Coran tous les 6 versets !

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