Comment lire le Coran ? Les versets universels et les autres

Tous les versets du Coran ne se valent pas. Certains sont historiques à valeur informative alors que d’autres sont universels. Certains ont un caractère obligatoire à leur époque et ne le sont plus dans la notre. Un verset affirme ainsi clairement que : « C’est Lui (Dieu) qui a fait descendre sur toi le Livre : il s’y trouve des versets universels, qui en sont la base, et d’autres versets qui peuvent prêter à des interprétations diverses. Les gens qui ont au cœur une inclinaison maladive vers l’égarement mettent l’accent sur les versets à interprétation » (Coran 3.7).

La raison est citée dans mille versets – sur un total de 6.236 que contient le Coran – ; Soit un verset sur six !

« Ne raisonnent-ils pas ? » 

 « Ne méditent-ils pas ? ».

« Raisonnement profond » (Oulou Al-Albab) ? 

« En effet, Nous avons rendu le Coran accessible pour la méditation. Y a-t-il quelqu’un pour réfléchir ? » (Coran 54.17).

Exemple d’un verset historique qui doit être contextualisé :

Le verset ci-dessous a été utilisé par Daesh pour justifier les attaques terroristes en France et en Bélgique :

« Après que les mois sacrés expirent, tuez les polythéistes où que vous les trouviez. Capturez-les, assiégez-les et guettez-les dans toute embuscade. Si ensuite ils se repentent, accomplissent la prière et acquittent l’aumône, alors laissez-leur la voie libre » (Coran 9.5).

Un petit rappel historique s’impose donc ici : le prophète a invité sa tribu polythéiste, les Quraych, à adhérer au monothéisme et à délaisser l’idolâtrie. Il a été persécuté afin de le contraindre à revenir au culte païen. En 622, première année du calendrier de l’Hégire, le prophète et ses compagnons sont chassés de La Mecque et dépouillés de leurs biens. A Médine, où ils ont fui, se constitue le noyau d’un État musulman. La guerre éclate alors entre le prophète et sa tribu des Quraych, avant la signature d’un éphémère traité de paix (Al-Hudaybiya) en l’an 6 de l’Hégire (628). Deux ans plus tard, hommes, femmes et enfants d’une tribu alliée au prophète sont massacrés par la coalition ennemie. C’est dans ce contexte de rupture de la trêve que la Sourate 9, la plus violente du Coran, est révélée. Cette « Sourate du Repentir » commence par ces mots : « Désaveu de la part de Dieu et de Son messager à l’égard des polythéistes avec qui vous avez conclu un pacte » (Coran 9.1). Cet extrait vise la dizaine de responsables de la rupture de la paix, qui ont massacré des innocents. Il s’agit donc bien d’un verset historique qui concerne une situation clairement circonscrite, une période précise : l’an 8 de l’Hégire (630). Les terroristes de Daesh, ont donc soigneusement fait l’impasse sur la science des « circonstances de la révélation coranique » (Asbab Al-Nuzul), pour justifier un crime horrible qui a souillé le nom de Dieu, le Coran et l’islam du sang des 130 victimes du massacre du 13 novembre 2015.

Les Versets universels :

Ne pas tuer est une prescription dans toutes les religions et traditions du monde et notamment dans le judaïsme, le christianisme et l’islam.

« C’est pourquoi Nous avons prescrit pour les Enfants d’Israël que quiconque tuerait une vie humaine non coupable d’un meurtre ou d’une corruption sur la terre, c’est comme s’il avait tué toute l’humanité. Et quiconque lui fait don de la vie, c’est comme s’il faisait don de la vie à toute l’humanité » (Coran 5.32). Ce verset parle clairement de « vie humaine » (Nafs) ; il ne précise pas si cette vie est celle d’un Musulman, d’un Juif, d’un Chrétien ou d’un Athée. Tous les versets proscrivant le meurtre soulignent le caractère sacré de la vie humaine : « Ne tuez point la vie humaine que Dieu a rendu sacrée, sauf si le droit l’autorise » (Coran 17.33). Il est ici question du droit détenu par l’État qui exerce seul cette violence légitime pour punir un meurtre ou un une corruption sur terre (par exemple, le terrorisme puni de la peine de mort dans plusieurs pays dans le monde, y compris des pays musulmans quand la législation l’autorise). En Europe, la peine de mort est abolie et donc c’est cette législation qui s’applique.

Versets universels absolus :

Les versets universels absolus, sont ceux qui parlent de Dieu. Nous retrouvons ces versets dans toutes les religions révélées.

« Je suis le commencement, le milieu et la fin des êtres » (La Bhagavad-Gîtâ, Chant 10.20)

« Je suis l’alpha et l’oméga, le premier et le dernier, le commencement et la fin » (Apocalypse 22.13)

« Je suis le premier et je suis le dernier, Et hors moi il n’y a point de Dieu. (Esaïe 44:6) 

« C’est Lui le Premier et le Dernier, l’Apparent et le Caché et Il est Omniscient » (Coran 57.3)

Enfin, n’oubliez pas la vocation spirituelle et éthique du Coran.

« Certes, ce Coran guide vers ce qu’il y a de plus droit, et il annonce aux croyants qui font de bonnes oeuvres qu’ils auront une grande récompense » (Coran 17.9)

Conseils de lecture :

Les traductions du Coran sur Internet sont à éviter car elles sont de très mauvaise qualité.

Nous vous conseillons les traductions du Coran de Maurice Gloton, Denise Masson ou Jacques Berque.

Cependant, nous vous conseillons vivement de lire l’histoire du prophète Muhammad afin de comprendre le contexte de la révélation. Nous vous recommandons la lecture de « La vie de Muhammad » de Martin Lings. 

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